ARTICLE DU PAYSAN LORRAIN DU 7 AOÛT 2025
Estel et l’Arsoé du Nord Est ont tenu leur assemblée générale conjointe le 17 juin, à l’Abbaye des Prémontrés. Une rencontre placée sous le signe «du respect du vivant au cœur de nos innovations». Avec une intervention de Marion Calmels, data scientist, sur le projet Holicow.
Michèle Dietsch, présidente de l’Arsoé du Nord-Est et récemment élue à la tête de la Fédération professionnelle d’Entreprises de Services Numériques spécialisées dans l’élevage et l’agriculture (FIEA), a accueilli les participants avant de céder la parole à l’expert-comptable pour une présentation des comptes consolidés : «le chiffre d’affaires 2024 est en hausse de 3 %, le résultat net comptable est positif de 100.000 euros. La structure a une bonne assise financière, des charges externes en léger recul grâce à une bonne gestion. C’est la matière grise qui fait travailler l’Arsoé et Estel, c’est pourquoi les salaires sont le poste de charges le plus important. On note tout de même une légère baisse liée à un turn-over». À noter également une diminution du poste subvention, notamment lié à l’arrêt du subventionnement du projet Harmony Grand Est.
La directrice, Aline Walter, a détaillé l’activité de 2024, une année marquée par la formalisation du projet RSE «Plaçons le respect du vivant au cœur de nos innovations».
Au niveau du bilan social, la structure compte, au 1er juillet 2025, trente-huit collaborateurs dont trente-six en CDI, un alternant et un stagiaire. Le nombre d’heure de formation est en recul : 193,5 h pour 18 salariés en 2024, contre 430,5 h en 2023. «Nous avons moins de salariés, les présents ont plus de travail, et donc moins de temps pour la formation», reconnaît la directrice. L’équipe affiche une moyenne de quatorze années d’expérience au sein de la structure.
L’Agritech, cœur de métier
L’activité 2024 est en recul (6.880 jours d’activité, soit -760 jours par rapport à 2023). Malgré tout, «le chiffre d’affaires est en constante augmentation depuis dix ans». Il s’établit pour l’Arsoé/Estel, à 3,1 M d’euros en 2024. «81 % du chiffre d’affaires est consacré à l’Agritech, notre cœur de métier, 21 % provient d’EstElevage (+1,46 %/2023) et 10 % proviennent de l’expertise nationale. Nous avons une vraie volonté de développement au niveau national», commente la directrice.
Au niveau de l’activité IPG, l’Arsoé gère les données de 1.153.069 bovins issus de 8.511 exploitations réparties dans sept départements utilisateurs. «L’activité est en recul, elle est liée au nombre de bovins, qui est en diminution». La directrice note une progression constante des mouvements numériques. L’activité a généré un peu plus de 300.000 euros de chiffre d’affaires en 2024. Pour 2025, c’est notamment le projet Sinema (Système Informatique National d’Enregistrement des Mouvements des Animaux) qui va mobiliser les équipes.
La collaboration avec les GDS a généré 350.000 euros de chiffre d’affaires en 2024. «Le projet de démonstrateur sanitaire a engendré un surcroît de chiffre d’affaires de 200.000 euros», commente Aline Walter. L’année 2025 signe la fin des travaux sur le démonstrateur sanitaire, mais les chantiers se poursuivent, entre autres, autour de la vaccination FCO, des sites internet du GDS 88 et du GDS Grand Est, et de la facturation électronique.
Les activités «insémination animales» et «contrôle laitier» ont vu leur activité reculer en 2024. «Au niveau insémination animale, il y a eu peu d’études en 2024, mais ça repart en 2025», commente la directrice. Pour le contrôle laitier, la baisse est liée à la capacité des équipes à réaliser les dossiers. Nous avons recruté deux nouvelles personnes».
L’activité EstElevage est en croissance, elle a généré 646.578 euros de chiffre d’affaires en 2024. «Pour 2025, l’objectif est d’augmenter les adhésions à nos packs. Nous avons également entamé une réflexion sur l’avenir», souligne Aline Walter.
64 millions de données analysées
L’assemblée générale s’est poursuivie par une intervention de Marion Calmels, data scientist chez Seenovia. «Mon quotidien, c’est de traiter des données», a-t-elle introduit.
Marion Calmels travaille sur le projet européen Holicow. Ce programme, démarré en 2023 pour une durée de trois ans, vise à créer des solutions utilisant des données massives existantes, issues des élevages, en les adaptant pour les rendre accessibles aux petites et moyennes fermes laitières du nord-ouest de l’Europe. Il réunit douze partenaires de six pays européens : Belgique, France, Luxembourg, Allemagne, Pays-Bas et Irlande.
Le projet Holicow repose en grande partie sur l’intelligence artificielle (IA). «Les données sont au cœur de l’intelligence artificielle. La qualité des données est primordiale, c’est un vrai sujet dans nos métiers», interpelle Marion Calmels. En quelques chiffres, Holicow a assemblé 64 millions de données spectacles, de 5,6 millions de vaches laitières issues de 33.300 fermes laitières. «Le premier travail a été l’harmonisation des données». Marion Calmels rassure : «nous avons eu recours à des outils d’IA professionnels et non pas d’IA générative grand public. Il n’y a pas de fuite de données possible».
«Notre premier souci a été l’importante volumétrie des données. Un travail de réduction des données a été réalisé pour ne sélectionner que les critères utiles et fiables». Six indicateurs synthétiques ont été retenus : bien-être animal, santé, fertilité, transformation, stress thermique et environnement de production. Le travail est encore en cours. «À la fin, l’idée est de développer un outil simple pour les éleveurs».
La partie «entraînement des modèles» est désormais terminée. «Aujourd’hui, nous effectuons des calculs classiques, mathématiques, pour réaliser des prédictions. Nous produisons désormais des indicateurs», conclut Marion Calmels. Des fermes pilotes sont impliquées dans le projet, des tests vont prochainement commencer auprès des éleveurs, pour ajuster ces indicateurs.
Hélène FLAMANT
